« Je t’ai choisi! » - Témoignage de vie d’Étienne Finol


 

  • En quelques mots Étienne, d’où viens-tu, quelles ont été les grandes lignes de ton parcours de vie?

Je viens d’une bonne famille. J’ai grandi avec des bases de foi, mais cela n’a pas empêché que je puisse être blessé! À l’école, j’étais toujours le plus petit de ma classe et au sport j’étais choisi en dernier. À l’âge de huit ans je prenais des médicaments pour le déficit d’attention et ça m’a porté à croire que ma tête était défectueuse. J’ai souvent changé de milieu et donc je n’ai jamais eu de groupe d’ami stable, je me retrouvais souvent seul. Ces blessures refoulées, mises en dessous du tapis, m’ont rattrapées assez vite quand mon rêve de base-ball professionnel s’est écroulé.

C’est à ce moment-là que j’ai commencé à consommer : je n’avais plus rien à perdre. Le cadre du baseball me permettait de me donner de la valeur, mais quand c’est tombé à l’eau, au moment où j’étais au CEGEP, j’ai commencé à fumer du pot, à prendre de l’ecstasy, de la coke. Ma famille ne me faisait plus confiance, mes frères et ma sœur ne me regardaient plus dans les yeux. J’ai commencé à voler mes amis et ma famille; mes parents m’ont mis dehors parce que je commençais à vendre de la drogue. J’ai été sans-abris quelques mois. Peu après, en état de crise, j’ai tenté de me suicider, j’ai fait un coma éthylique. J’avais 18 ans. Je me sentais impuissant et le désespoir me gagnait petit à petit.

Un jour, ma mère m’a proposé de venir à une soirée de prière. Je n’avais rien à perdre! Je savais que Dieu existait, mais je ne pensais pas qu’il allait m’aider. Je pensais qu’il se foutait de moi tant que je ne revenais pas à lui. C’était un peu ma mentalité. C’est à cette soirée que j’ai entendu parler de la communauté du Cenacolo…

Mon père m’a alors donné un ultimatum : « Si tu veux y aller, je te paie le billet : un aller-simple. » J’y suis resté quatre ans et demi...

  • Peux-tu décrire la communauté du Cenacolo? Qu’est-ce qu’elle t’a apportée?

La communauté a été fondée le 16 juillet 1983 à Saluzzo, en Italie, par une religieuse, mère Elvira. Elle voulait aider les jeunes de la rue, ceux qui sont dans le besoin, ceux qui se perdent et se meurent surtout à cause de la drogue. La communauté aide les gens à travers la foi, le travail, la prière, les amitiés, la confrontation saine et la critique positive sur le changement.

Pour moi ça a été une école d’amour, une école de vie pour dire le moins! J’étais le genre de personne qui ne lavait pas ses vêtements, je n’avais aucun respect pour moi-même. Au Cenacolo, j’ai appris à prendre soin de moi, à faire les travaux qui me sont demandés, à mettre de l’amour dans tout ce que je fais. À travers l’aide de mes frères qui me disaient ce qu’ils voyaient de moi, j’ai aussi appris à me regarder en vérité. Ce n’était pas facile à accepter! Les six premiers mois, je voulais partir tous les jours.

Un moment marquant : j’avais envoyé promener mon responsable, j’allais ramasser mes choses pour partir et je suis tombé sur un gars qui nettoyait mes tiroirs et repliait mes vêtements. Spontanément, j’ai pensé qu’il me volait. Il avait vu ma souffrance, ma douleur et il m’a dit : « Excuse-moi, je ne voulais pas que tu le vois... j’ai vu que tu as eu une mauvaise journée et j’ai cru que ça pouvait t’aider ». Je n’avais pas beaucoup de respect pour lui et ce n’était pas quelqu’un que j’appréciais. Imagine : une personne avec qui je n’avais ni amitié ni affinité a vu ma souffrance et a fait quelque chose pour moi sans que je puisse lui donner en retour. C’était une marque d’amour gratuit et elle m’a permis de rester!

J’ai fait des conneries en communauté, mais ça m’a permis d’apprendre à dire la vérité, à assumer la responsabilité de mes actes. Pour la première fois, je n’arrivais plus à vivre avec un fardeau de mensonges, de compromis, de choses cachées. Lorsque j’en ai parlé, on ne m’a pas jugé. Tranquillement, on m’a fait confiance à nouveau, on m’a donné des responsabilités. Ça m’a donné de croire que je pouvais changer et par la suite, ça a été un chemin de guérison de mes blessures.

Éventuellement, je suis devenu responsable de maison. J’ai appris à me donner, à mettre les autres devant moi, à être heureux de jeûner, de faire des sacrifice pour que d’autres puissent retrouver la vie.

  • Tu n’est plus le même gars. On sent que le Cenacolo t’a construit, qu’il y a un avant et un après!

On me demande souvent si je regrette ce que j’ai fait… C’est sûr que je n’en suis pas fier. Mais si j’avais à retourner dans le temps, je ne changerais rien parce que sans la croix, sans ces difficultés-là, sans la souffrance, je ne serais pas la personne que je suis aujourd’hui. Et je suis plus heureux aujourd’hui qu’avant avoir commencé à consommer. Avant je n’étais pas heureux, mais je ne le savais pas, tout était refoulé. La consommation a été une porte pour m’ouvrir les yeux sur tout ce qui m’a blessé. D’un côté ça a été ma planche de salut, ma façon de connaître le bon Dieu, de trouver ma propre foi. Je veux dire ma propre spiritualité, ma propre façon de penser : je trouve de la joie à jeûner, à faire des sacrifices pour les autres, par amour, à vivre d’une certaine radicalité et ça, ça me remplit! Aujourd’hui je suis heureux d’avoir ma propre foi, une foi radicale, forgée par la croix.

  • Vous viviez de providence en communauté. Comment décrirais-tu la providence? Tu dis que ça t’a appris à faire confiance, comment?

La communauté du Cenacolo vit de donations. Dès le départ, mère Elvira ne voulait pas demander d’argent ni aux familles des jeunes, ni au gouvernement. Elle a lancé ce défi au bon Dieu : je vais m’occuper de tes enfants et toi tu vas t’assurer qu’on ne manque jamais de rien…

Je l’ai expérimenté de façon concrète au moment où je suis entré en communauté. J’étais avec mon ange gardien 24/7 et je ne l’endurais pas, je ne lui faisais pas confiance. J’avais des problèmes de colère et lui me disait tout ce qui n’allait pas. J’en avais plein le casque… J’ai dit au bon Dieu : « Soit tu te débarrasses de lui ou tu fais entrer du McDonald’s! » Une ou deux semaines plus tard, quelqu’un a payé du McDo pour toute la communauté... Je n’avais plus le choix d’endurer mon ange gardien!

  • Tu as fait le lien entre ta prière et le fait de recevoir du mcdo?

Oui! Je l’avais demandé. Le Seigneur nous donne toujours ce dont on a besoin, même si ce n’est pas essentiel à notre vie. Pour moi c’était une preuve que j’avais besoin d’être en communauté. Le Mcdo n’était pas essentiel, mais ça m’a confirmé que Dieu était avec moi. Il ne s’est pas débarrassé de mon ange gardien, mais il m’a dit « go, retrousse tes manches et on y va! »

La providence peut s’exprimer de plusieurs façons pour moi. Elle est souvent une preuve que je suis sur le bon chemin, que je fais les bonnes choses. Si je fais le bien, la providence va venir, mais quand les choses commencent à tomber en morceaux, je dois me remettre en prière. Souvent, en premier je regarde ma chambre : mes choses sont-elles propres, bien rangées? En mettant de l’ordre dans les choses extérieures, ça fait aussi du ménage à l’intérieur!

  • Comment ça se présente depuis que tu es sorti de communauté?

Je suis sorti en février dernier et les choses ont été assez rock’n roll! Je me suis rendu compte de ma fragilité. J’ai vécu plusieurs situations où j’ai été déclenché dans ma toxicomanie… Par la grâce de Dieu je ne suis pas tombé, mais ça m’a fait aller en crise. J’ai réalisé que je ne pourrais pas vivre dans ma famille, chez mes parents. Je devais me trouver une place pour faire une douce transition, réintégrer tranquillement la société. Je n’avais plus d’amis et j’étais en situation de possibilité de consommation constante. La prière m’a permis de tenir bon : j’ai crié vers Dieu, je me suis abandonné à lui et j’ai commencé une démarche de consécration à St-Joseph. Un jour, une dame m’a téléphoné et je lui ai raconté ce que je vivais. Elle m’a dit d’appeler Marie-Jeunesse, que la communauté serait peut-être prête à m’accueillir. J’y suis depuis quelques mois maintenant. Providence!

Je suis confronté à toutes sortes de nouvelles réalités : trouver un appartement, un téléphone, un forfait, une voiture, me faire des amis stables. La journée de ma consécration à St-Joseph, mon père m’a trouvé un téléphone et mon frère, un forfait. J’ai aussi réussi à trouver une job : un poste en cuisine dans une boulangerie. À ma première journée, mon patron m’a proposé de visiter un peu Sherbrooke. Je me suis senti interpellé à lui raconter mon histoire.. Sa confiance m’a montré de l’amour gratuit. Le Seigneur remettait des personnes sur mon chemin, comme pour me dire : « Regarde, je suis là! »

Le soir de ce même jour, à la fin de la messe à laquelle j’assistais, je suis devenu ému et j’ai demandé au Seigneur, « pourquoi es-tu si bon avec moi »? Au moment où le prêtre déposait l’hostie dans mes mains, je me suis mis à pleurer, je sentais Dieu me dire « je t’ai choisi! ». Je repensais au fait d’être à Marie-Jeunesse, d’avoir trouvé une job... Le Seigneur me disait : « Regarde, toi tu essaies de me choisir, mais tu n’as rien compris : avant même cela, c’est moi qui t’ai choisi! ». J’ai pleuré 45 minutes. Je suis allé marcher dehors, j’étais tellement pris par les émotions que ça m’a jeté par terre sur les genoux. Je me suis mis à pleurer encore, incontrôlablement. Je voyais, en mon cœur, l’image de Jésus sur la croix avec sa couronne d’épines qui me redisait « je t’ai choisi »!

  • Magnifique Étienne! Pour moi c’est un cadeau d’entendre tout ça.

J’ai appris une chose au long de mon chemin de foi : quand on essaie de discerner quelque chose, le Seigneur montre le chemin pas juste avec des émotions ou des feelings, mais son œuvre, il la confirme de façon concrète, claire, indiscutable. Je vivais un deuil en sortant de communauté, mais ces choses que le Seigneur me donne, l’une après l’autre, sont pour moi une confirmation qu’il était temps de revenir dans le monde, que le seigneur m’appelle à faire autre chose de ma vie! J’avais peur de choisir le bon Dieu, mais lui m’avait déjà choisi!

  • Quand tu racontes ton histoire, on a le sentiment qu’elle est déposée dans le cœur du Seigneur. Ce n’est pas juste ton histoire, mais c’est ton histoire avec lui : lui avec toi et toi avec lui. C’est l’histoire d’une confiance qui se construit.

J’ai souffert comme un chien à travers tout mon chemin de guérison : ça a été tof! Oui le Seigneur m’a donné la grâce, mais il a fallu que j’accepte de passer par là. Oui c’est l’histoire de moi avec le bon Dieu, mais sans lui mon histoire ne vaut rien. Il y a une partie de mon chemin où il a fallu que je prenne les décisions, mais lui m’a donné la force pour le faire… et le reste, c’est lui qui l’a fait.

  • Merci Étienne.

Ça fait plaisir!

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